Tagué: social libéralisme

La « guerre des gauches », l’arbre qui cache la forêt

Le revoilà donc, le bon vieil épouvantail de la « guerre des gauches ». Certains journalistes nous avaient déjà fait le coup dans la dernière ligne droite de la présidentielle. Il suffit que quelques voix se lèvent, un peu plus hautes que les autres, pour que resurgisse cet opportun repoussoir à idées, cette créature médiatique qui condamne le débat à l’avance. Mais de quoi parle t-on au juste ?

La « guerre des gauches » serait une lutte de pouvoir, entre des individus. Comme c’est intéressant. Et surtout bien  pratique. La dénonciation d’une opposition entre des personnes, des égos donc, permet opportunément de verrouiller le débat, de le limiter à des rivalités, des inimitiés. Et de laisser de côté le plus important : le débat sur le fond.

C’est pour cette raison que la figure de la « guerre des gauches »  est brandie par les médias, qui s’en repaissent abondamment. Elle présente pour eux deux avantages : elle est spectaculaire et elle permet surtout de mettre en scène la vie politique sans perdre de temps à analyser les positions et propositions de chacun (trop fatiguant sans doute).

Mais elle est surtout agitée, depuis quelques jours, par le gouvernement et ses alliés. Le fait que Cécile Duflot ait été envoyée au charbon n’est pas anodin. Les ministres écologistes sont forcés de soutenir une politique bien éloignée de celle défendue par leur candidate aux présidentielles. Mal à l’aise sur le fond, ils ont tout intérêt à faire un pas de côté et à attaquer la forme et les personnes, et à agiter le risque d’explosion de la gauche.

François Hollande lui-même, la semaine dernière sur France 2, a rappelé la consigne :

Je trouve que, en ce moment, il y a une radicalité ; il y a une montée des excès ; il y a une violence, qu’on constate dans la rue, mais qu’on constate aussi dans l’expression. Je ne veux pas de cette République. Ma République doit être exemplaire et apaisée. Si je veux réussir à aller le plus loin possible, le plus haut possible avec la France, il faut aussi permettre ce rassemblement, cet apaisement, cette réconciliation.

Traduction : « Vous êtes priés de fermer votre gueule. » Compris ? Car qui peut être contre l’apaisement et la réconciliation ? Contre l’exemplarité ? Qui veut l’échec ? Hein, qui ?

Il y a bien sûr, dans cette réponse à Pujadas, une adresse au Parti de Gauche et aux quelques voix qui s’élèvent à la gauche du PS.
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La mondialisation heureuse de Jean-Marc Ayrault

Pierre Chabaud/Matignon

Pierre Chabaud/Matignon

Jean-Marc Ayrault développe dans une longue tribune publiée dans Le Monde daté d’aujourd’hui sa « vision » du nouveau modèle français qu’il appelle de ses vœux. On a beau chercher parmi les phrases creuses et les généralités faiblardes, il est difficile de trouver un « modèle »,  un point d’horizon commun, un imaginaire. Ça enfonce de la porte ouverte à tout va. C’est poétique comme du Terra Nova. Plus proche de la novlangue d’éditocrate que des discours de Jaurès.

Sur le fond, c’est un hymne au social libéralisme, une déclaration d’amour à la mondialisation.

D’ailleurs, les conséquences du libre-échange et de mondialisation, chimères de gauchistes enragés, sont écartées dès le début du texte :

La crise que nous traversons est d’abord économique et sociale. La tentation est grande d’en reporter la responsabilité sur autrui, d’accuser la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, la concurrence des pays à bas coûts et les politiques conduites en Europe. Il n’est pas question de nier les dangers du néolibéralisme et du capitalisme financier : oui, il faut renforcer la gouvernance internationale de l’économie, réguler la finance, promouvoir le juste échange. Oui, les Etats européens doivent s’entendre sur des règles sociales et fiscales communes, et mener une politique de croissance à l’échelle du continent : le président de la République et le gouvernement s’y emploient. Mais n’oublions pas que la mondialisation est aussi l’occasion d’élargir la diffusion de nos produits, d’attirer des entreprises et des emplois et de bénéficier d’innovations venues d’ailleurs. »

Pour un nouveau modèle français Jean-Marc Ayrault, premier ministre, Le Monde, 4 janvier 2013

Jean-Marc, faudrait que tu m’expliques comment tu promeus le « juste échange » (bon, faudrait le définir d’abord) sans remettre en cause la libéralisation des échanges commerciaux et financiers. Et puis, tant que tu y es, tu me diras comment tu veux harmoniser les règles fiscales et sociales européennes sans accuser la concurrence des pays à bas coût. Pas très clair tout ça Jean-Marc, éclaire-nous, je t’en prie… Lire la suite