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Hollande contre Hollande // Politique friction

Nous sommes le 16 mai 2013. Il pleut.

C’est sa marque de fabrique la pluie. Il s’apprête à donner sa deuxième conférence de presse. Mais il a déjà tout dit hier, devant la Commission Européenne. Il ne la lâchera pas de sitôt sa compétitivité. La politique libérale d’ajustement structurel, il y croit. Lui, c’est Hollande Président.

Au fond de la salle, alors que le Président s’apprête à prendre la parole, il y en a un qui fulmine. Il a connu son jour de gloire le 22 janvier 2012 au Bourget. « Mon ennemi, c’est la finance », c’est lui. Cela lui paraît bien loin. Il est évanescent. Le souvenir qu’il avait laissé dans les mémoires s’estompe. Lui, c’est Hollande Candidat.

Le Président commence son speech, le Candidat en donne les nostalgiques sous-titres. Lire la suite

La « guerre des gauches », l’arbre qui cache la forêt

Le revoilà donc, le bon vieil épouvantail de la « guerre des gauches ». Certains journalistes nous avaient déjà fait le coup dans la dernière ligne droite de la présidentielle. Il suffit que quelques voix se lèvent, un peu plus hautes que les autres, pour que resurgisse cet opportun repoussoir à idées, cette créature médiatique qui condamne le débat à l’avance. Mais de quoi parle t-on au juste ?

La « guerre des gauches » serait une lutte de pouvoir, entre des individus. Comme c’est intéressant. Et surtout bien  pratique. La dénonciation d’une opposition entre des personnes, des égos donc, permet opportunément de verrouiller le débat, de le limiter à des rivalités, des inimitiés. Et de laisser de côté le plus important : le débat sur le fond.

C’est pour cette raison que la figure de la « guerre des gauches »  est brandie par les médias, qui s’en repaissent abondamment. Elle présente pour eux deux avantages : elle est spectaculaire et elle permet surtout de mettre en scène la vie politique sans perdre de temps à analyser les positions et propositions de chacun (trop fatiguant sans doute).

Mais elle est surtout agitée, depuis quelques jours, par le gouvernement et ses alliés. Le fait que Cécile Duflot ait été envoyée au charbon n’est pas anodin. Les ministres écologistes sont forcés de soutenir une politique bien éloignée de celle défendue par leur candidate aux présidentielles. Mal à l’aise sur le fond, ils ont tout intérêt à faire un pas de côté et à attaquer la forme et les personnes, et à agiter le risque d’explosion de la gauche.

François Hollande lui-même, la semaine dernière sur France 2, a rappelé la consigne :

Je trouve que, en ce moment, il y a une radicalité ; il y a une montée des excès ; il y a une violence, qu’on constate dans la rue, mais qu’on constate aussi dans l’expression. Je ne veux pas de cette République. Ma République doit être exemplaire et apaisée. Si je veux réussir à aller le plus loin possible, le plus haut possible avec la France, il faut aussi permettre ce rassemblement, cet apaisement, cette réconciliation.

Traduction : « Vous êtes priés de fermer votre gueule. » Compris ? Car qui peut être contre l’apaisement et la réconciliation ? Contre l’exemplarité ? Qui veut l’échec ? Hein, qui ?

Il y a bien sûr, dans cette réponse à Pujadas, une adresse au Parti de Gauche et aux quelques voix qui s’élèvent à la gauche du PS.
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Ta gueule Laurence !

Supplique à une patronne

A chaque fois que tu l’ouvres, tu déclenches une dépêche,

De tes atermoiements s’enquiert le Président.

Le Code du Travail, tu t’en essuies les fesses,

Et, lui, courbe l’échine comme un petit enfant.

medef

Depardieu, tu lui trouves toutes les qualités,

L’exil fiscal, pour toi, est une banalité.

Si tu fermais ta gueule un petit peu pour voir,

Et que les gouvernants osent te décevoir.

Au lieu de t’ignorer, ou mieux, te mépriser,

Ils ont à ton égard, un sourire, un baiser.

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Conseil Européen : libéralisme, déni de démocratie et autosatisfaction

La réorientation, c’est pour quand ? 

Source : Le Conseil de l'Union européenne

Source : Le Conseil de l’Union européenne

Alors que le TSCG devrait entrer en application au début de l’année 2013 et que le (chétif) pacte de croissance promis par Hollande ne montre toujours pas le bout de son nez, le Conseil Européen s’est réuni les 13 et 14 décembre.

Pour préparer le Conseil, son charismatique président, le sémillant Herman Van Rompuy, avait préparé un rapport sobrement intitulé Vers une véritable union économique et monétaire. La prose technocrate fait courrir sa novlangue sur 17 pages qui encensent les « réformes structurelles » et s’asseoient toujours un peu plus sur la démocratie européenne.

S’il n’est pas sorti grand chose de ce Conseil, la perspective reste toujours la même : « une économie sociale de marché éminemment compétitive » (et il ne faut pas être un fin limier pour trouver l’intrus dans cette locution).  Le sillon libéral de l’Union européenne n’a pas varié d’un millimètre.

L’aspiration des pouvoirs des parlements nationaux par la Commission va prendre une nouvelle tournure grâce au TSCG (voté par une grande partie du PS et de l’UMP) et notamment son article 11 :

En vue d’évaluer quelles sont les meilleures pratiques et d’œuvrer à une politique économique fondée sur une coordination plus étroite, les parties contractantes veillent à ce que toutes les grandes réformes de politique économique qu’elles envisagent d’entreprendre soient débattues au préalable et, au besoin, coordonnées entre elles. Cette coordination fait intervenir les institutions de l’Union européenne dès lors que le droit de l’Union européenne le requiert.

Les termes de cet article qui oblige les gouvernements à soumettre à l’Union Européenne leurs budgets avant leur examen par les parlements nationaux sont un peu flous. La Commission européenne se propose donc d’ici le prochain Conseil de définir « un cadre pour la coordination préalable des grandes réformes de politique économique dans le contexte du Semestre européen ». Or, c’est la Commission qui évalue les orientations des politiques des Etats et prescrit ses recommandations dans le cadre du Semestre Européen. Le Parlement en est réduit à un débat sans aucune conséquence.   Lire la suite

Moscovici, les banques et le changement

Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats.

François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012

Non, mais ça, c’était avant. Tu comprends ?

Maintenant, on s’est rendu compte que la finance avait non seulement des visages, mais aussi des réseaux, des lobbys… Du coup, tu vois, on ne peut pas quand même leur casser leur joujou : la banque universelle.

La banque universelle, c’est tellement pratique. D’un côté, tu spécules sur des CDS, des CDO, des warrants… De l’autre, tu la joues à la papa, tu récoltes l’épargne et octroies (à tes conditions) des crédits. Côté spéculation, tu t’en mets pleins les poches sans trop regarder le risque parce que tu sais que même quand tu perds, tu ne perds pas vraiment. Tout le monde perd, donc on te sauve.

Mais le crédit, c’est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l’Etat mettra tout sur la table.

Frédéric Lordon, D’un retournement l’autre, Seuil, mai 2011

Il existe effectivement une garantie publique des dépôts en cas de faillite. Mais plus que cela, un retournement brutal de conjoncture des activités de marché diffuse immédiatement ses effets dans l’économie réelle via l’activité commerciale des banques (le crédit). Et la crise bancaire de 2008 en a montré de nombreux et brillants exemples… Les banques prennent ainsi magnifiquement en otage les pouvoirs publics et les contribuables : mourrez (économiquement) avec nous ou sauvez-nous sans limite.

La séparation des activités de dépôt et de crédit des activités de marché devrait donc être la leçon minimale de la crise bancaire. D’ailleurs beaucoup la défendent, de tous bords et dans tous les paysLire la suite

Hollande, le mauvais choix grec

En choisissant d’ignorer crânement la venue, le 21 mai dernier, d’Alexis Tsipras, leader Syriza, premier parti de la gauche grecque aux dernières législatives, François Hollande et le PS flirtaient avec l’erreur historique. En recevant à l’Élysée, dès le lendemain, Evanghelos Vénizélos, Président du PASOK, Hollande affirme un choix, celle d’une Europe de l’austérité, celle de la soumission aux dogmes de la Troïka. Mauvais signe.

Tsipras non grata

Nouvel homme fort de la gauche grecque, Alexis Tsipras venait à Paris pour rencontrer la gauche. Si le Front de Gauche, parti frère de Syriza, lui a réservé un accueil des plus chaleureux, le PS et le gouvernement lui ont sèchement claqué la porte au nez (peut-être avaient-ils perdu les clés).

Alors que la Grèce est en première place dans l’agenda européen et que Syriza pourrait être la première force politique du pays le 17 juin, on a du mal à ne pas voir dans cette fin de non recevoir un fort contenu idéologique.

Le jour de la venue de Tsipras, Laurent Fabius résumait la position du gouvernement :

 Il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est je crois une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro.

Sans arrogance, bien entendu. Fabius arrogant, ça se saurait. Il est évident que sans le nommer, Fabius vise Syriza, seule formation politique anti-austérité suceptible d’obtenir un résultat à deux chiffres lors des prochaines législatives.

Mais l’erreur du nouvel occupant du Quai d’Orsay est double. Premièrement, Syriza ne veut pas sortir de l’Euro. Il refuse simplement les conditions posées par la Troïka via le second mémorandum, qui étouffent le peuple grec et mènent le pays droit dans le mur. Deuxièmement, la ligne européenne de Tsipras n’est pas si éloignée de la ligne défendue en apparence par Hollande : mettre la croissance devant l’austérité dans l’ordre des solutions de sortie de la crise européenne.

Sans arrogance, le gouvernement, par la voix de Fabius, pose un immonde chantage au peuple grec : vous votez « bien » (partis pro-memorandum) ou vous sortez de l’Euro. Lire la suite

Au pied du mur

Le changement, c’est maintenant

Au terme d’une campagne symboliquement marquée à gauche, où la Finance était désignée comme l’impérieux ennemi, sans visage, François Hollande prend la tête de la France dans une situation périlleuse. Très vite l’heure du choix va sonner. Les marchés se tiennent dans les starting blocks, prêts à gonfler le spread et le CDS au moindre écart à la loi naturelle de l’austérité. Ses austères émissaires ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Merkel pose déjà des conditions qui empêcheraient toute action.

Emmanuel Todd avait fait parler de lui en tentant un audacieux pari : l’hollandisme révolutionnaire. Misant sur la force des évènements à venir pour faire rougir le rose pâle, il pose le choix : 

 Un président de gauche devra soumettre les banques ou se soumettre.

Et sa conséquence :

Pour Hollande ce sera le New Deal ou la « papandréouisation ».

Ce pari pascalien pourrait s’avérer au final bien coûteux si Hollande fait le choix de la soumission à l’idéologie portée par laTroïka. Les discussions autour du nouveau traité européen seront cruciales. La joie d’avoir fait sortir le nabot par la grande porte, pourrait être de très courte durée. Lire la suite