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Hollande, le mauvais choix grec

En choisissant d’ignorer crânement la venue, le 21 mai dernier, d’Alexis Tsipras, leader Syriza, premier parti de la gauche grecque aux dernières législatives, François Hollande et le PS flirtaient avec l’erreur historique. En recevant à l’Élysée, dès le lendemain, Evanghelos Vénizélos, Président du PASOK, Hollande affirme un choix, celle d’une Europe de l’austérité, celle de la soumission aux dogmes de la Troïka. Mauvais signe.

Tsipras non grata

Nouvel homme fort de la gauche grecque, Alexis Tsipras venait à Paris pour rencontrer la gauche. Si le Front de Gauche, parti frère de Syriza, lui a réservé un accueil des plus chaleureux, le PS et le gouvernement lui ont sèchement claqué la porte au nez (peut-être avaient-ils perdu les clés).

Alors que la Grèce est en première place dans l’agenda européen et que Syriza pourrait être la première force politique du pays le 17 juin, on a du mal à ne pas voir dans cette fin de non recevoir un fort contenu idéologique.

Le jour de la venue de Tsipras, Laurent Fabius résumait la position du gouvernement :

 Il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est je crois une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro.

Sans arrogance, bien entendu. Fabius arrogant, ça se saurait. Il est évident que sans le nommer, Fabius vise Syriza, seule formation politique anti-austérité suceptible d’obtenir un résultat à deux chiffres lors des prochaines législatives.

Mais l’erreur du nouvel occupant du Quai d’Orsay est double. Premièrement, Syriza ne veut pas sortir de l’Euro. Il refuse simplement les conditions posées par la Troïka via le second mémorandum, qui étouffent le peuple grec et mènent le pays droit dans le mur. Deuxièmement, la ligne européenne de Tsipras n’est pas si éloignée de la ligne défendue en apparence par Hollande : mettre la croissance devant l’austérité dans l’ordre des solutions de sortie de la crise européenne.

Sans arrogance, le gouvernement, par la voix de Fabius, pose un immonde chantage au peuple grec : vous votez « bien » (partis pro-memorandum) ou vous sortez de l’Euro. Lire la suite

La Grèce, l’avant-garde d’une stratégie du choc européenne ?

La Grèce est considérée comme une nation peuplée d’enfants à qui il faut retirer des mains les clés de la voiture.

Naomi Klein dans le documentaire Catastroïka

Ce qui s’est appliqué en Grèce n’est pas un simplement programme d’austérité. Il s’agit d’une expérimentation européenne de solutions néolibérales de choc.

Alexis Tsipras, Président de Syriza, lors d’une conférence de presse avec le Front de Gauche

Où est passée la crise de 2008 ? La chute de Lehman Brothers ? Les milliards d’euros et de dollars de recapitalisation des banques ?

Médias et experts médiatiques ont vite enterré la crise bancaire. Et a surgi, comme par magie, une crise des dettes souveraines. Une crise majeure portant un nouveau risque systémique. On a bien vite oublié la socialisation des pertes bancaires, la crise immobilière américaine (et espagnole), la contraction du crédit… Aucun lien avec la situation européenne actuelle, évidemment. Avec celle de la Grèce en particulier. Mais non enfin, qu’allez-vous penser ?

Et les politiques libérales menées de concert dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE depuis une trentaine d’années, à coups de réduction fiscale, de libéralisation et de contraction des dépenses sociales ? Aucun lien avec la crise des dettes publiques. Mais non, enfin, l’Europe vit au-dessus de ses moyens, c’est tout ! Circulez, il n’y rien à voir. Lire la suite

Au pied du mur

Le changement, c’est maintenant

Au terme d’une campagne symboliquement marquée à gauche, où la Finance était désignée comme l’impérieux ennemi, sans visage, François Hollande prend la tête de la France dans une situation périlleuse. Très vite l’heure du choix va sonner. Les marchés se tiennent dans les starting blocks, prêts à gonfler le spread et le CDS au moindre écart à la loi naturelle de l’austérité. Ses austères émissaires ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Merkel pose déjà des conditions qui empêcheraient toute action.

Emmanuel Todd avait fait parler de lui en tentant un audacieux pari : l’hollandisme révolutionnaire. Misant sur la force des évènements à venir pour faire rougir le rose pâle, il pose le choix : 

 Un président de gauche devra soumettre les banques ou se soumettre.

Et sa conséquence :

Pour Hollande ce sera le New Deal ou la « papandréouisation ».

Ce pari pascalien pourrait s’avérer au final bien coûteux si Hollande fait le choix de la soumission à l’idéologie portée par laTroïka. Les discussions autour du nouveau traité européen seront cruciales. La joie d’avoir fait sortir le nabot par la grande porte, pourrait être de très courte durée. Lire la suite