Tagué: Gauche

Compétitivité, avec leur sang j’écris ton nom

Cela fait bien longtemps que le néolibéralisme impose ses mots. C’est par eux qu’il colonise sournoisement les esprits, les contaminent de l’antienne de feu la dame de fer, coupant les pieds non seulement aux politiques alternatives mais bien plus encore à la capacité à les exprimer dans l’espace public et surtout à les penser.

Parmi les mots dont il fait son miel, trône en maître la « compétitivité ». Concept flou et protéiforme, s’adaptant à des individus autant qu’à des entreprises ou à des territoires, il est le nouveau pied de biche du libéralisme. Et le gouvernement l’a épousé tout entier. Pourtant, il hésite encore à nommer ses saloperies avec le lexique du néolibéralisme: privatisation, déréglementation, déflation salariale, ajustements structurels… Il leur préfère des mots creux comme « redressement ». Il résiste encore un peu, non pas dans les faits, mais dans le langage. Au prix d’une novlangue qui suce le sens des discours. Il semble encore se refuser encore à parler complètement la langue du Medef et de la droite. Mais ce mot là, la compétitivité, il le chérit entre tous. Jusqu’à l’overdose. La révolution copernicienne n’est pas dans les mesures prises par le gouvernement, qui sont dans la ligne social-libérale du PS connue depuis des lustres, mais dans l’invasion de la « compétitivité » dans le langage du PS. Depuis quand avez-vous entendu un discours ou une interview sur des questions économiques d’un membre du gouvernement dont ce mot soit absent ?

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La « guerre des gauches », l’arbre qui cache la forêt

Le revoilà donc, le bon vieil épouvantail de la « guerre des gauches ». Certains journalistes nous avaient déjà fait le coup dans la dernière ligne droite de la présidentielle. Il suffit que quelques voix se lèvent, un peu plus hautes que les autres, pour que resurgisse cet opportun repoussoir à idées, cette créature médiatique qui condamne le débat à l’avance. Mais de quoi parle t-on au juste ?

La « guerre des gauches » serait une lutte de pouvoir, entre des individus. Comme c’est intéressant. Et surtout bien  pratique. La dénonciation d’une opposition entre des personnes, des égos donc, permet opportunément de verrouiller le débat, de le limiter à des rivalités, des inimitiés. Et de laisser de côté le plus important : le débat sur le fond.

C’est pour cette raison que la figure de la « guerre des gauches »  est brandie par les médias, qui s’en repaissent abondamment. Elle présente pour eux deux avantages : elle est spectaculaire et elle permet surtout de mettre en scène la vie politique sans perdre de temps à analyser les positions et propositions de chacun (trop fatiguant sans doute).

Mais elle est surtout agitée, depuis quelques jours, par le gouvernement et ses alliés. Le fait que Cécile Duflot ait été envoyée au charbon n’est pas anodin. Les ministres écologistes sont forcés de soutenir une politique bien éloignée de celle défendue par leur candidate aux présidentielles. Mal à l’aise sur le fond, ils ont tout intérêt à faire un pas de côté et à attaquer la forme et les personnes, et à agiter le risque d’explosion de la gauche.

François Hollande lui-même, la semaine dernière sur France 2, a rappelé la consigne :

Je trouve que, en ce moment, il y a une radicalité ; il y a une montée des excès ; il y a une violence, qu’on constate dans la rue, mais qu’on constate aussi dans l’expression. Je ne veux pas de cette République. Ma République doit être exemplaire et apaisée. Si je veux réussir à aller le plus loin possible, le plus haut possible avec la France, il faut aussi permettre ce rassemblement, cet apaisement, cette réconciliation.

Traduction : « Vous êtes priés de fermer votre gueule. » Compris ? Car qui peut être contre l’apaisement et la réconciliation ? Contre l’exemplarité ? Qui veut l’échec ? Hein, qui ?

Il y a bien sûr, dans cette réponse à Pujadas, une adresse au Parti de Gauche et aux quelques voix qui s’élèvent à la gauche du PS.
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Vidéo du PCF : le PS ne comprend rien

Le PCF a publié une vidéo d’une grande simplicité et bigrement efficace qui met en perspective les promesses du candidat Hollande et les actes du Président. Si la volonté de faire une vidéo ludique est évidente, le décalage exposé ne prête évidemment pas à rire.

Cette vidéo est utile car elle met le PS et le gouvernement face à leurs responsabilités et au tournant social libéral pris dès le lendemain de l’élection. L’ennemi sans visage en sait quelque chose.

Le charismatique et frétillant Harlem désir s’est fendu d’un communiqué pour dénoncer « une faute contre la gauche« .

Le PCF devrait soutenir la réforme bancaire dont se félicite la Fédération Bancaire Française  ? Peut-être devrait-il défendre le rapport Gallois et son magnifique Pacte de Compétitivité applaudi par la mère Parisot ?
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Hollande, le mauvais choix grec

En choisissant d’ignorer crânement la venue, le 21 mai dernier, d’Alexis Tsipras, leader Syriza, premier parti de la gauche grecque aux dernières législatives, François Hollande et le PS flirtaient avec l’erreur historique. En recevant à l’Élysée, dès le lendemain, Evanghelos Vénizélos, Président du PASOK, Hollande affirme un choix, celle d’une Europe de l’austérité, celle de la soumission aux dogmes de la Troïka. Mauvais signe.

Tsipras non grata

Nouvel homme fort de la gauche grecque, Alexis Tsipras venait à Paris pour rencontrer la gauche. Si le Front de Gauche, parti frère de Syriza, lui a réservé un accueil des plus chaleureux, le PS et le gouvernement lui ont sèchement claqué la porte au nez (peut-être avaient-ils perdu les clés).

Alors que la Grèce est en première place dans l’agenda européen et que Syriza pourrait être la première force politique du pays le 17 juin, on a du mal à ne pas voir dans cette fin de non recevoir un fort contenu idéologique.

Le jour de la venue de Tsipras, Laurent Fabius résumait la position du gouvernement :

 Il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est je crois une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro.

Sans arrogance, bien entendu. Fabius arrogant, ça se saurait. Il est évident que sans le nommer, Fabius vise Syriza, seule formation politique anti-austérité suceptible d’obtenir un résultat à deux chiffres lors des prochaines législatives.

Mais l’erreur du nouvel occupant du Quai d’Orsay est double. Premièrement, Syriza ne veut pas sortir de l’Euro. Il refuse simplement les conditions posées par la Troïka via le second mémorandum, qui étouffent le peuple grec et mènent le pays droit dans le mur. Deuxièmement, la ligne européenne de Tsipras n’est pas si éloignée de la ligne défendue en apparence par Hollande : mettre la croissance devant l’austérité dans l’ordre des solutions de sortie de la crise européenne.

Sans arrogance, le gouvernement, par la voix de Fabius, pose un immonde chantage au peuple grec : vous votez « bien » (partis pro-memorandum) ou vous sortez de l’Euro. Lire la suite

Mélenchon, un parachutage. Vraiment ?

Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont et les coups tombent, vifs et drus, comme à leur habitude.

On entend, sans relâche, éditorialistes et politiques, dans un chœur harmonieux, parler du parachutage de Mélenchon. Tiens, donc… Ouvrons un dictionnaire et cherchons le mot « parachutage » :

Parachutage, nom masculin

–         Familier. Action de parachuter quelqu’un dans une fonction, un emploi, de l’y nommer d’une façon inattendue.

Deux éléments importants entrent en dissonance avec cette définition dans le cas de la candidature du Front de Gauche pour la 11ème circonscription du Pas-de-Calais.

Le premier découle directement de la fonction de député, représentant du peuple et non d’un territoire. L’Assemblée Nationale définit d’ailleurs clairement ce rôle :

Chaque député, bien qu’élu  dans un cadre géographique déterminé, est le représentant de la Nation tout entière. Ainsi, à l’Assemblée nationale et dans sa circonscription, chaque député agit et parle au nom de l’intérêt général et non pas au nom d’un parti politique, d’un groupe d’intérêt ou d’une région.

La notion de parachutage pour les élections législatives n’a donc en théorie pas de sens puisque le député doit participer à un projet d’ampleur nationale et en aucun cas défendre son territoire à l’Assemblée. Ce n’est que le mode de scrutin actuel qui induit une notion d’ancrage territorial et dévoie la vision que nous avons de cette élection. Lire la suite