Tagué: Front de Gauche

La « guerre des gauches », l’arbre qui cache la forêt

Le revoilà donc, le bon vieil épouvantail de la « guerre des gauches ». Certains journalistes nous avaient déjà fait le coup dans la dernière ligne droite de la présidentielle. Il suffit que quelques voix se lèvent, un peu plus hautes que les autres, pour que resurgisse cet opportun repoussoir à idées, cette créature médiatique qui condamne le débat à l’avance. Mais de quoi parle t-on au juste ?

La « guerre des gauches » serait une lutte de pouvoir, entre des individus. Comme c’est intéressant. Et surtout bien  pratique. La dénonciation d’une opposition entre des personnes, des égos donc, permet opportunément de verrouiller le débat, de le limiter à des rivalités, des inimitiés. Et de laisser de côté le plus important : le débat sur le fond.

C’est pour cette raison que la figure de la « guerre des gauches »  est brandie par les médias, qui s’en repaissent abondamment. Elle présente pour eux deux avantages : elle est spectaculaire et elle permet surtout de mettre en scène la vie politique sans perdre de temps à analyser les positions et propositions de chacun (trop fatiguant sans doute).

Mais elle est surtout agitée, depuis quelques jours, par le gouvernement et ses alliés. Le fait que Cécile Duflot ait été envoyée au charbon n’est pas anodin. Les ministres écologistes sont forcés de soutenir une politique bien éloignée de celle défendue par leur candidate aux présidentielles. Mal à l’aise sur le fond, ils ont tout intérêt à faire un pas de côté et à attaquer la forme et les personnes, et à agiter le risque d’explosion de la gauche.

François Hollande lui-même, la semaine dernière sur France 2, a rappelé la consigne :

Je trouve que, en ce moment, il y a une radicalité ; il y a une montée des excès ; il y a une violence, qu’on constate dans la rue, mais qu’on constate aussi dans l’expression. Je ne veux pas de cette République. Ma République doit être exemplaire et apaisée. Si je veux réussir à aller le plus loin possible, le plus haut possible avec la France, il faut aussi permettre ce rassemblement, cet apaisement, cette réconciliation.

Traduction : « Vous êtes priés de fermer votre gueule. » Compris ? Car qui peut être contre l’apaisement et la réconciliation ? Contre l’exemplarité ? Qui veut l’échec ? Hein, qui ?

Il y a bien sûr, dans cette réponse à Pujadas, une adresse au Parti de Gauche et aux quelques voix qui s’élèvent à la gauche du PS.
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Vidéo du PCF : le PS ne comprend rien

Le PCF a publié une vidéo d’une grande simplicité et bigrement efficace qui met en perspective les promesses du candidat Hollande et les actes du Président. Si la volonté de faire une vidéo ludique est évidente, le décalage exposé ne prête évidemment pas à rire.

Cette vidéo est utile car elle met le PS et le gouvernement face à leurs responsabilités et au tournant social libéral pris dès le lendemain de l’élection. L’ennemi sans visage en sait quelque chose.

Le charismatique et frétillant Harlem désir s’est fendu d’un communiqué pour dénoncer « une faute contre la gauche« .

Le PCF devrait soutenir la réforme bancaire dont se félicite la Fédération Bancaire Française  ? Peut-être devrait-il défendre le rapport Gallois et son magnifique Pacte de Compétitivité applaudi par la mère Parisot ?
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Mélenchon, un choix courageux

Le résultat du Front de Gauche dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais n’est certes pas à la hauteur des espérances. Il y aura, sans nul doute, des discussions au sein des différentes composantes du Front de Gauche pour analyser cette défaite et en tirer les enseignements nécessaires à l’avancée d’une force politique nouvelle qui, quoi qu’on en dise, confirme son ancrage dans le paysage politique.

Mais les chiens hargneux, les charognards, les pisses-froids ont vite fait d’accuser Mélenchon d’avoir voulu faire le show. Certains iront jusqu’à l’accuser d’avoir fait le jeu du FN.

Or, le Front de Gauche a été, dans la campagne présidentielle comme pour les législatives, la seule force politique à s’attaquer frontalement au FN. Le PS et EELV ayant déserté le champ de bataille depuis des lustres. L’UMP draguant ostensiblement le bleu Marine. Lire la suite

La Grèce, l’avant-garde d’une stratégie du choc européenne ?

La Grèce est considérée comme une nation peuplée d’enfants à qui il faut retirer des mains les clés de la voiture.

Naomi Klein dans le documentaire Catastroïka

Ce qui s’est appliqué en Grèce n’est pas un simplement programme d’austérité. Il s’agit d’une expérimentation européenne de solutions néolibérales de choc.

Alexis Tsipras, Président de Syriza, lors d’une conférence de presse avec le Front de Gauche

Où est passée la crise de 2008 ? La chute de Lehman Brothers ? Les milliards d’euros et de dollars de recapitalisation des banques ?

Médias et experts médiatiques ont vite enterré la crise bancaire. Et a surgi, comme par magie, une crise des dettes souveraines. Une crise majeure portant un nouveau risque systémique. On a bien vite oublié la socialisation des pertes bancaires, la crise immobilière américaine (et espagnole), la contraction du crédit… Aucun lien avec la situation européenne actuelle, évidemment. Avec celle de la Grèce en particulier. Mais non enfin, qu’allez-vous penser ?

Et les politiques libérales menées de concert dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE depuis une trentaine d’années, à coups de réduction fiscale, de libéralisation et de contraction des dépenses sociales ? Aucun lien avec la crise des dettes publiques. Mais non, enfin, l’Europe vit au-dessus de ses moyens, c’est tout ! Circulez, il n’y rien à voir. Lire la suite

Mélenchon, un parachutage. Vraiment ?

Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont et les coups tombent, vifs et drus, comme à leur habitude.

On entend, sans relâche, éditorialistes et politiques, dans un chœur harmonieux, parler du parachutage de Mélenchon. Tiens, donc… Ouvrons un dictionnaire et cherchons le mot « parachutage » :

Parachutage, nom masculin

–         Familier. Action de parachuter quelqu’un dans une fonction, un emploi, de l’y nommer d’une façon inattendue.

Deux éléments importants entrent en dissonance avec cette définition dans le cas de la candidature du Front de Gauche pour la 11ème circonscription du Pas-de-Calais.

Le premier découle directement de la fonction de député, représentant du peuple et non d’un territoire. L’Assemblée Nationale définit d’ailleurs clairement ce rôle :

Chaque député, bien qu’élu  dans un cadre géographique déterminé, est le représentant de la Nation tout entière. Ainsi, à l’Assemblée nationale et dans sa circonscription, chaque député agit et parle au nom de l’intérêt général et non pas au nom d’un parti politique, d’un groupe d’intérêt ou d’une région.

La notion de parachutage pour les élections législatives n’a donc en théorie pas de sens puisque le député doit participer à un projet d’ampleur nationale et en aucun cas défendre son territoire à l’Assemblée. Ce n’est que le mode de scrutin actuel qui induit une notion d’ancrage territorial et dévoie la vision que nous avons de cette élection. Lire la suite

Au pied du mur

Le changement, c’est maintenant

Au terme d’une campagne symboliquement marquée à gauche, où la Finance était désignée comme l’impérieux ennemi, sans visage, François Hollande prend la tête de la France dans une situation périlleuse. Très vite l’heure du choix va sonner. Les marchés se tiennent dans les starting blocks, prêts à gonfler le spread et le CDS au moindre écart à la loi naturelle de l’austérité. Ses austères émissaires ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Merkel pose déjà des conditions qui empêcheraient toute action.

Emmanuel Todd avait fait parler de lui en tentant un audacieux pari : l’hollandisme révolutionnaire. Misant sur la force des évènements à venir pour faire rougir le rose pâle, il pose le choix : 

 Un président de gauche devra soumettre les banques ou se soumettre.

Et sa conséquence :

Pour Hollande ce sera le New Deal ou la « papandréouisation ».

Ce pari pascalien pourrait s’avérer au final bien coûteux si Hollande fait le choix de la soumission à l’idéologie portée par laTroïka. Les discussions autour du nouveau traité européen seront cruciales. La joie d’avoir fait sortir le nabot par la grande porte, pourrait être de très courte durée. Lire la suite