Vidéo du PCF : le PS ne comprend rien

Le PCF a publié une vidéo d’une grande simplicité et bigrement efficace qui met en perspective les promesses du candidat Hollande et les actes du Président. Si la volonté de faire une vidéo ludique est évidente, le décalage exposé ne prête évidemment pas à rire.

Cette vidéo est utile car elle met le PS et le gouvernement face à leurs responsabilités et au tournant social libéral pris dès le lendemain de l’élection. L’ennemi sans visage en sait quelque chose.

Le charismatique et frétillant Harlem désir s’est fendu d’un communiqué pour dénoncer « une faute contre la gauche« .

Le PCF devrait soutenir la réforme bancaire dont se félicite la Fédération Bancaire Française  ? Peut-être devrait-il défendre le rapport Gallois et son magnifique Pacte de Compétitivité applaudi par la mère Parisot ?
Lire la suite

Ta gueule Laurence !

Supplique à une patronne

A chaque fois que tu l’ouvres, tu déclenches une dépêche,

De tes atermoiements s’enquiert le Président.

Le Code du Travail, tu t’en essuies les fesses,

Et, lui, courbe l’échine comme un petit enfant.

medef

Depardieu, tu lui trouves toutes les qualités,

L’exil fiscal, pour toi, est une banalité.

Si tu fermais ta gueule un petit peu pour voir,

Et que les gouvernants osent te décevoir.

Au lieu de t’ignorer, ou mieux, te mépriser,

Ils ont à ton égard, un sourire, un baiser.

Lire la suite

Conseil Européen : libéralisme, déni de démocratie et autosatisfaction

La réorientation, c’est pour quand ? 

Source : Le Conseil de l'Union européenne

Source : Le Conseil de l’Union européenne

Alors que le TSCG devrait entrer en application au début de l’année 2013 et que le (chétif) pacte de croissance promis par Hollande ne montre toujours pas le bout de son nez, le Conseil Européen s’est réuni les 13 et 14 décembre.

Pour préparer le Conseil, son charismatique président, le sémillant Herman Van Rompuy, avait préparé un rapport sobrement intitulé Vers une véritable union économique et monétaire. La prose technocrate fait courrir sa novlangue sur 17 pages qui encensent les « réformes structurelles » et s’asseoient toujours un peu plus sur la démocratie européenne.

S’il n’est pas sorti grand chose de ce Conseil, la perspective reste toujours la même : « une économie sociale de marché éminemment compétitive » (et il ne faut pas être un fin limier pour trouver l’intrus dans cette locution).  Le sillon libéral de l’Union européenne n’a pas varié d’un millimètre.

L’aspiration des pouvoirs des parlements nationaux par la Commission va prendre une nouvelle tournure grâce au TSCG (voté par une grande partie du PS et de l’UMP) et notamment son article 11 :

En vue d’évaluer quelles sont les meilleures pratiques et d’œuvrer à une politique économique fondée sur une coordination plus étroite, les parties contractantes veillent à ce que toutes les grandes réformes de politique économique qu’elles envisagent d’entreprendre soient débattues au préalable et, au besoin, coordonnées entre elles. Cette coordination fait intervenir les institutions de l’Union européenne dès lors que le droit de l’Union européenne le requiert.

Les termes de cet article qui oblige les gouvernements à soumettre à l’Union Européenne leurs budgets avant leur examen par les parlements nationaux sont un peu flous. La Commission européenne se propose donc d’ici le prochain Conseil de définir « un cadre pour la coordination préalable des grandes réformes de politique économique dans le contexte du Semestre européen ». Or, c’est la Commission qui évalue les orientations des politiques des Etats et prescrit ses recommandations dans le cadre du Semestre Européen. Le Parlement en est réduit à un débat sans aucune conséquence.   Lire la suite

Moscovici, les banques et le changement

Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats.

François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012

Non, mais ça, c’était avant. Tu comprends ?

Maintenant, on s’est rendu compte que la finance avait non seulement des visages, mais aussi des réseaux, des lobbys… Du coup, tu vois, on ne peut pas quand même leur casser leur joujou : la banque universelle.

La banque universelle, c’est tellement pratique. D’un côté, tu spécules sur des CDS, des CDO, des warrants… De l’autre, tu la joues à la papa, tu récoltes l’épargne et octroies (à tes conditions) des crédits. Côté spéculation, tu t’en mets pleins les poches sans trop regarder le risque parce que tu sais que même quand tu perds, tu ne perds pas vraiment. Tout le monde perd, donc on te sauve.

Mais le crédit, c’est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l’Etat mettra tout sur la table.

Frédéric Lordon, D’un retournement l’autre, Seuil, mai 2011

Il existe effectivement une garantie publique des dépôts en cas de faillite. Mais plus que cela, un retournement brutal de conjoncture des activités de marché diffuse immédiatement ses effets dans l’économie réelle via l’activité commerciale des banques (le crédit). Et la crise bancaire de 2008 en a montré de nombreux et brillants exemples… Les banques prennent ainsi magnifiquement en otage les pouvoirs publics et les contribuables : mourrez (économiquement) avec nous ou sauvez-nous sans limite.

La séparation des activités de dépôt et de crédit des activités de marché devrait donc être la leçon minimale de la crise bancaire. D’ailleurs beaucoup la défendent, de tous bords et dans tous les paysLire la suite

Mélenchon, un choix courageux

Le résultat du Front de Gauche dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais n’est certes pas à la hauteur des espérances. Il y aura, sans nul doute, des discussions au sein des différentes composantes du Front de Gauche pour analyser cette défaite et en tirer les enseignements nécessaires à l’avancée d’une force politique nouvelle qui, quoi qu’on en dise, confirme son ancrage dans le paysage politique.

Mais les chiens hargneux, les charognards, les pisses-froids ont vite fait d’accuser Mélenchon d’avoir voulu faire le show. Certains iront jusqu’à l’accuser d’avoir fait le jeu du FN.

Or, le Front de Gauche a été, dans la campagne présidentielle comme pour les législatives, la seule force politique à s’attaquer frontalement au FN. Le PS et EELV ayant déserté le champ de bataille depuis des lustres. L’UMP draguant ostensiblement le bleu Marine. Lire la suite

Gagner du temps

Parce que le temps est désormais une valeur d’entreprise. Il appartient au système du libre marché. Le présent est plus difficile à trouver. Il est en train d’être aspiré du monde pour laisser place au futur des marchés incontrôlés et à un énorme potentiel d’investissement. Le futur deviens insistant. C’est pour quoi il va bientôt se produire quelque chose, peut-être aujourd’hui, dit-elle en regardant dans ses mains d’un air finaud. Pour corriger l’accélération du temps. Ramener la nature à la normale, plus ou moins.

Cosmopolis, Don DeLillo, 2003

Hollande, le mauvais choix grec

En choisissant d’ignorer crânement la venue, le 21 mai dernier, d’Alexis Tsipras, leader Syriza, premier parti de la gauche grecque aux dernières législatives, François Hollande et le PS flirtaient avec l’erreur historique. En recevant à l’Élysée, dès le lendemain, Evanghelos Vénizélos, Président du PASOK, Hollande affirme un choix, celle d’une Europe de l’austérité, celle de la soumission aux dogmes de la Troïka. Mauvais signe.

Tsipras non grata

Nouvel homme fort de la gauche grecque, Alexis Tsipras venait à Paris pour rencontrer la gauche. Si le Front de Gauche, parti frère de Syriza, lui a réservé un accueil des plus chaleureux, le PS et le gouvernement lui ont sèchement claqué la porte au nez (peut-être avaient-ils perdu les clés).

Alors que la Grèce est en première place dans l’agenda européen et que Syriza pourrait être la première force politique du pays le 17 juin, on a du mal à ne pas voir dans cette fin de non recevoir un fort contenu idéologique.

Le jour de la venue de Tsipras, Laurent Fabius résumait la position du gouvernement :

 Il faut bien qu’on explique sans arrogance à nos amis grecs que s’ils veulent rester dans l’euro, ce qui est je crois une majorité d’entre eux, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro.

Sans arrogance, bien entendu. Fabius arrogant, ça se saurait. Il est évident que sans le nommer, Fabius vise Syriza, seule formation politique anti-austérité suceptible d’obtenir un résultat à deux chiffres lors des prochaines législatives.

Mais l’erreur du nouvel occupant du Quai d’Orsay est double. Premièrement, Syriza ne veut pas sortir de l’Euro. Il refuse simplement les conditions posées par la Troïka via le second mémorandum, qui étouffent le peuple grec et mènent le pays droit dans le mur. Deuxièmement, la ligne européenne de Tsipras n’est pas si éloignée de la ligne défendue en apparence par Hollande : mettre la croissance devant l’austérité dans l’ordre des solutions de sortie de la crise européenne.

Sans arrogance, le gouvernement, par la voix de Fabius, pose un immonde chantage au peuple grec : vous votez « bien » (partis pro-memorandum) ou vous sortez de l’Euro. Lire la suite

La Grèce, l’avant-garde d’une stratégie du choc européenne ?

La Grèce est considérée comme une nation peuplée d’enfants à qui il faut retirer des mains les clés de la voiture.

Naomi Klein dans le documentaire Catastroïka

Ce qui s’est appliqué en Grèce n’est pas un simplement programme d’austérité. Il s’agit d’une expérimentation européenne de solutions néolibérales de choc.

Alexis Tsipras, Président de Syriza, lors d’une conférence de presse avec le Front de Gauche

Où est passée la crise de 2008 ? La chute de Lehman Brothers ? Les milliards d’euros et de dollars de recapitalisation des banques ?

Médias et experts médiatiques ont vite enterré la crise bancaire. Et a surgi, comme par magie, une crise des dettes souveraines. Une crise majeure portant un nouveau risque systémique. On a bien vite oublié la socialisation des pertes bancaires, la crise immobilière américaine (et espagnole), la contraction du crédit… Aucun lien avec la situation européenne actuelle, évidemment. Avec celle de la Grèce en particulier. Mais non enfin, qu’allez-vous penser ?

Et les politiques libérales menées de concert dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE depuis une trentaine d’années, à coups de réduction fiscale, de libéralisation et de contraction des dépenses sociales ? Aucun lien avec la crise des dettes publiques. Mais non, enfin, l’Europe vit au-dessus de ses moyens, c’est tout ! Circulez, il n’y rien à voir. Lire la suite

Mélenchon, un parachutage. Vraiment ?

Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont et les coups tombent, vifs et drus, comme à leur habitude.

On entend, sans relâche, éditorialistes et politiques, dans un chœur harmonieux, parler du parachutage de Mélenchon. Tiens, donc… Ouvrons un dictionnaire et cherchons le mot « parachutage » :

Parachutage, nom masculin

–         Familier. Action de parachuter quelqu’un dans une fonction, un emploi, de l’y nommer d’une façon inattendue.

Deux éléments importants entrent en dissonance avec cette définition dans le cas de la candidature du Front de Gauche pour la 11ème circonscription du Pas-de-Calais.

Le premier découle directement de la fonction de député, représentant du peuple et non d’un territoire. L’Assemblée Nationale définit d’ailleurs clairement ce rôle :

Chaque député, bien qu’élu  dans un cadre géographique déterminé, est le représentant de la Nation tout entière. Ainsi, à l’Assemblée nationale et dans sa circonscription, chaque député agit et parle au nom de l’intérêt général et non pas au nom d’un parti politique, d’un groupe d’intérêt ou d’une région.

La notion de parachutage pour les élections législatives n’a donc en théorie pas de sens puisque le député doit participer à un projet d’ampleur nationale et en aucun cas défendre son territoire à l’Assemblée. Ce n’est que le mode de scrutin actuel qui induit une notion d’ancrage territorial et dévoie la vision que nous avons de cette élection. Lire la suite