Mélenchon, le PS et le cercle de la raison

Il souffle sur la vie politique française un vent  d’hystérie. De ceux qui, habituellement, balaient les cieux pré-électoraux de surenchères, fausses promesses et noms d’oiseaux.  Cette tension fait apparaître avec une acuité toute particulière les limites de la pensée autorisée.  Dans une année électoralement blanche, 9 mois à peine après l’élection d’un  nouveau président, elle est le signe d’une crise profonde, une crise économique, sociale et, plus que tout, idéologique.

Le parti solférinien (puisqu’il faut désormais l’appeler ainsi tant il n’a de socialiste que le nom) applique les politiques qu’il combattait (ou faisaient mine de combattre) il y a un an à peine. L’ANI, en débat à l’assemblée cette semaine, en est une parfaite illustration. D’inspiration libérale (plus de fexibilité = moins de chômage), il reprend notamment les accords compétitivité-emploi prônés par Sarkozy en son temps et dont le PS disait alors :

Son projet de contrat « compétitivité-emploi’, c’est la diminution orchestrée des salaires ! Voilà qui est de nature à éclairer les partenaires sociaux sur le véritable agenda du sommet social annoncé par Nicolas Sarkozy dans la précipitation. Or, la diminution des salaires des ouvriers, c’est chacun l’aura compris, moins de pouvoir d’achat, donc plus d’austérité, moins de croissance donc plus de chômage et plus de souffrances sociales pour ceux qui n’en finissent pas de payer les conséquences d’une crise dont ils sont les victimes !

Si la majorité précédente avait proposé le même texte, à la virgule près, le PS serait, sans aucun doute, dans la rue pour s’opposer à ce recul sans précédent du droit du travail. Il en va de même dans tous les domaines : expulsions de Roms, politique européenne, pacte de compétitivité, obsession du déficit, etc. Tout ou presque trace une ligne continue entre les politiques menées par le PS et l’UMP.

Cette ligne homogène se heurte de plus en plus au réel dont elle se revendique pourtant. Le réel du chômage qui ne cesse d’augmenter. Le réel des inégalités qui se creusent. La violence sociale qui, de discussion feutrée à Bruxelles, Bercy ou la Défense, amène, à l’autre bout de la chaîne, des familles entières dans le désespoir. Pour surmonter cette impasse, le PS, l’UMP & Co en appellent à la compétitivité, la déflation salariale, pour pouvoir voir, au bout du tunnel, la croissance.

«  Si la croissance revient, alors… » (cette phrase peut être complétée à l’envi)

Ces politiques d’austérité ont montré leur limites, dans tout les pays où elles ont été appliquées : récession, chômage, aggravation des déficits, etc.

Alors des voix se lèvent, à gauche, elles ont le verbe haut. Elles répondent à la violence sociale par une violence verbale. C’est si peu. François Delapierre appelle les ministres des finances de la zone Euro les « 17 salopards ». Jean-Luc Mélenchon estime que lorsqu’il négocie le premier plan chypriote, Moscovici « ne pense plus en français mais dans la langue de la finance internationale ». La machine est lancée. Accusation d’antisémitisme, anathèmes à tire-larigot.

Le PS défini alors les limites du cercle de la raison. Harlem Désir, grand imprécateur, est chargé de distinguer l’acceptable de l’inacceptable. Le PS met au ban les dissonances. Et les médias suivent.

Ce sont de basses manoeuvres et de faux procès, pour faire oublier le fond des choses. Parce que le Parti de Gauche et Jean-Luc Mélenchon proposent une alternative de gauche au politique libérale, leur parole est inacceptable. Ils sont antisémites, divisent la gauche, font le jeu du FN, etc. Qu’un député PS juge que François Hollande « n’a pas été élu pour conduire le peuple français dans le chemin sans fin de l’austérité et de la rigueur », c’est inacceptable.

Parce que le PS est dans la voie sans issue de l’austérité, il ne peut accepter que vive à côté de lui une force autonome qui propose une alternative. Et surtout, il ne peut accepter que la brutalité est bien dans son camp. Pourtant…

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