La mondialisation heureuse de Jean-Marc Ayrault

Pierre Chabaud/Matignon

Pierre Chabaud/Matignon

Jean-Marc Ayrault développe dans une longue tribune publiée dans Le Monde daté d’aujourd’hui sa « vision » du nouveau modèle français qu’il appelle de ses vœux. On a beau chercher parmi les phrases creuses et les généralités faiblardes, il est difficile de trouver un « modèle »,  un point d’horizon commun, un imaginaire. Ça enfonce de la porte ouverte à tout va. C’est poétique comme du Terra Nova. Plus proche de la novlangue d’éditocrate que des discours de Jaurès.

Sur le fond, c’est un hymne au social libéralisme, une déclaration d’amour à la mondialisation.

D’ailleurs, les conséquences du libre-échange et de mondialisation, chimères de gauchistes enragés, sont écartées dès le début du texte :

La crise que nous traversons est d’abord économique et sociale. La tentation est grande d’en reporter la responsabilité sur autrui, d’accuser la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, la concurrence des pays à bas coûts et les politiques conduites en Europe. Il n’est pas question de nier les dangers du néolibéralisme et du capitalisme financier : oui, il faut renforcer la gouvernance internationale de l’économie, réguler la finance, promouvoir le juste échange. Oui, les Etats européens doivent s’entendre sur des règles sociales et fiscales communes, et mener une politique de croissance à l’échelle du continent : le président de la République et le gouvernement s’y emploient. Mais n’oublions pas que la mondialisation est aussi l’occasion d’élargir la diffusion de nos produits, d’attirer des entreprises et des emplois et de bénéficier d’innovations venues d’ailleurs. »

Pour un nouveau modèle français Jean-Marc Ayrault, premier ministre, Le Monde, 4 janvier 2013

Jean-Marc, faudrait que tu m’expliques comment tu promeus le « juste échange » (bon, faudrait le définir d’abord) sans remettre en cause la libéralisation des échanges commerciaux et financiers. Et puis, tant que tu y es, tu me diras comment tu veux harmoniser les règles fiscales et sociales européennes sans accuser la concurrence des pays à bas coût. Pas très clair tout ça Jean-Marc, éclaire-nous, je t’en prie…

Soyons clairvoyants pour identifier les causes de nos difficultés et de nos succès, et soyons audacieux pour procéder aux réformes nécessaires : c’est ainsi que nous rendrons notre modèle économique et social plus compétitif et plus solidaire, et que nous assurerons l’avenir de notre jeunesse.

Ah, je vois. Le chômage, la pauvreté, les licenciements, le réchauffement climatique, ce n’est pas la faute du libre-échange, du dumping social, de la mondialisation financière, c’est de notre faute à nous, la France. Ce pays qui n’est pas assez audacieux, pas assez compétitif. Quel discours iconoclaste Jean-Marc ! C’est beau comme du Nicolas Baverez !

Mais alors, comment on fait pour éviter le déclin Jean-Marc ?

Nous n’y réussirons qu’en rassemblant nos forces, et c’est pourquoi le gouvernement a fait le choix d’une méthode : le dialogue et la coopération entre l’Etat, la société civile – partenaires sociaux, associations et citoyens – et les collectivités territoriales. La concertation et la négociation peuvent susciter des impatiences, elles sont moins médiatiques qu’une série d’annonces précipitées et sans lendemain ; mais cette méthode est la condition de réformes intelligentes et durables. Car de grands chantiers s’ouvrent devant nous. (…) Il faut nous accorder sur un diagnostic et sur des remèdes.

C’est pas con ça, Jean-Marc, on va tous être d’accord. Et puis comme ça, on tire un trait définitif sur ces arriérés de marxistes et leur lutte des classes obslolète. Comme si les syndicats et le patronat ne pouvaient pas se mettre d’accord au nom de l’intérêt général. Et puis Parisot, ça la fait vibrer l’intérêt général. Ça se sent. L’avantage de la concertation Jean-Marc, c’est qu’en plus, vous vous mouillez pas trop comme ça, toi et tes ministres. Pas con.

La compétitivité et la solidarité ne sont nullement antinomiques : une société se renforce en accordant à chacun de ses membres les moyens de s’accomplir, et les richesses ainsi créées servent à leur tour à financer des politiques sociales ambitieuses.

 Là, Jean-Marc, ta phrase ne veut rien dire. C’est creux comme la boîte crânienne de Depardieu.

Une conclusion peut-être Jean-Marc ?

La France doit être plus accueillante à la prise de risque, à l’innovation économique et sociale, à la création d’entreprises comme à la création artistique. L’Etat doit demeurer le garant de l’intérêt général et de la solidarité nationale, assumer son rôle de stratège, tout en réinventant ses modes d’intervention et en s’appuyant résolument sur les forces vives du pays.

Tel est le sens du nouveau modèle français qui inspire l’action de mon gouvernement.

C’est beau comme du Delors mâtiné de Giscard !

Mais, je me demande Jean-Marc, il est passé où l’ennemi sans visage ? La finance qui devait être combattue jusqu’à son dernier souffle ?

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