Moscovici, les banques et le changement

Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des Etats.

François Hollande, Discours du Bourget, 22 janvier 2012

Non, mais ça, c’était avant. Tu comprends ?

Maintenant, on s’est rendu compte que la finance avait non seulement des visages, mais aussi des réseaux, des lobbys… Du coup, tu vois, on ne peut pas quand même leur casser leur joujou : la banque universelle.

La banque universelle, c’est tellement pratique. D’un côté, tu spécules sur des CDS, des CDO, des warrants… De l’autre, tu la joues à la papa, tu récoltes l’épargne et octroies (à tes conditions) des crédits. Côté spéculation, tu t’en mets pleins les poches sans trop regarder le risque parce que tu sais que même quand tu perds, tu ne perds pas vraiment. Tout le monde perd, donc on te sauve.

Mais le crédit, c’est nous ! Nous sommes intouchables !
Pour nous sauver l’Etat mettra tout sur la table.

Frédéric Lordon, D’un retournement l’autre, Seuil, mai 2011

Il existe effectivement une garantie publique des dépôts en cas de faillite. Mais plus que cela, un retournement brutal de conjoncture des activités de marché diffuse immédiatement ses effets dans l’économie réelle via l’activité commerciale des banques (le crédit). Et la crise bancaire de 2008 en a montré de nombreux et brillants exemples… Les banques prennent ainsi magnifiquement en otage les pouvoirs publics et les contribuables : mourrez (économiquement) avec nous ou sauvez-nous sans limite.

La séparation des activités de dépôt et de crédit des activités de marché devrait donc être la leçon minimale de la crise bancaire. D’ailleurs beaucoup la défendent, de tous bords et dans tous les pays

Et, Hollande l’avait écrit noir sur blanc (ou plutôt rouge sur blanc, car il ne manque pas d’humour noir) dans son programme :

FH - engagement 7

Mais ça, c’était avant le changement. Moscovici vient d’annoncer que les banques ne seraient pas cassées en deux. La réforme bancaire s’orienterait vers une simple filialisation des activités de marché… Ce qui non seulement ne résout rien mais est déjà le cas dans la plupart des banques.

Réagissant à l’avant-projet de loi, François Chaulet, gérant de fonds chez Montségur Finance, résume la situation : « La loi garantit l’essentiel de ce que voulaient les banques : un modèle un peu particulier au sein duquel elles resteront capables d’exercer tous leurs métiers mêmes si les activités spéculatives sont contenues ».

La Fédération Bancaire Française qui à l’habitude de se vautrer dans le cynisme se réjouit de la résilience du modèle de la banque universelle :

La FBF note cependant avec satisfaction que le modèle de banque universelle qui a fait la preuve de sa résistance face aux crises est reconnu.

Fédération Bancaire Française, Communiqué de presse, 15 novembre 2012

Bah oui, ducon, t’as pas vu comment elle a bien résisté à la crise la banque universelle ?

Le cynisme se porte bien, dans les banques comme au gouvernement. Merci.

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