La Grèce, l’avant-garde d’une stratégie du choc européenne ?

La Grèce est considérée comme une nation peuplée d’enfants à qui il faut retirer des mains les clés de la voiture.

Naomi Klein dans le documentaire Catastroïka

Ce qui s’est appliqué en Grèce n’est pas un simplement programme d’austérité. Il s’agit d’une expérimentation européenne de solutions néolibérales de choc.

Alexis Tsipras, Président de Syriza, lors d’une conférence de presse avec le Front de Gauche

Où est passée la crise de 2008 ? La chute de Lehman Brothers ? Les milliards d’euros et de dollars de recapitalisation des banques ?

Médias et experts médiatiques ont vite enterré la crise bancaire. Et a surgi, comme par magie, une crise des dettes souveraines. Une crise majeure portant un nouveau risque systémique. On a bien vite oublié la socialisation des pertes bancaires, la crise immobilière américaine (et espagnole), la contraction du crédit… Aucun lien avec la situation européenne actuelle, évidemment. Avec celle de la Grèce en particulier. Mais non enfin, qu’allez-vous penser ?

Et les politiques libérales menées de concert dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE depuis une trentaine d’années, à coups de réduction fiscale, de libéralisation et de contraction des dépenses sociales ? Aucun lien avec la crise des dettes publiques. Mais non, enfin, l’Europe vit au-dessus de ses moyens, c’est tout ! Circulez, il n’y rien à voir.

La sainte Trinité néolibérale 

Il se passe en Grèce, depuis le printemps 2010 et la première intervention de la Troïka (BCE, Commission européenne et FMI), un cas d’école de l’application d’une politique néolibérale. Un doux mélange de ses trois ingrédients phares :

  • Privatisation :

Maintenant les privatisations occupent la première place sur la liste (de nos priorités). Nous allons prouver que nous sommes capables de respecter nos obligations en ce qui concerne la dette à travers une série de projets de développement. Il y a un large consensus dans ce sens tant dans l’opinion publique que dans l’opposition.

Georges Papandréou, mai 2011

Ports, aéroports, chemins de fer, eau, télécoms… La liste des privatisations, menées au pas de course, fait frémir.

  • Réductions des dépenses publiques :

Le sixième plan de rigueur voté en février dernier prévoit (notamment, car la liste est longue) la réduction des frais de dépense de médicaments (1,076 milliard d’euros en 2012), la réduction du budget d’investissement public (400 millions d’euros), des réductions sur les retraites (300 millions d’euros)…

  • Déréglementation

Malgré la libéralisation du marché du travail déjà largement entamée (baisse progressive du SMIC (jusqu’où???), suppression des augmentations automatiques des salaires, etc), le FMI préconise à la Grèce des efforts supplémentaires. Son marché du travail reste évidemment trop peu flexible…

La concrétisation de la modération salariale dans l’économie –particulièrement importante à la lumière de l’important écart de compétitivité qui pénalise la Grèce- implique, à la fois, des réformes des marchés du travail dans le secteur privé et la réduction de la masse salariale du secteur public par le biais de réformes fiscales.

FMI – Rapport de pays nº 11/175 – Juillet 2011

Comme toujours, les résultats de ces politiques d’ajustement structurel sont impressionnants : le chômage en Grèce est passé de 7,7% en avril 2008 à 21,7 % en janvier 2012, la croissance du PIB en 2011 était de -7% et le taux d’endettement est passée 66% du PIB en 2008 à 158% en 2011.

Un véritable succès !

Et si la Grèce était le laboratoire du futur européen, à l’image de ce que fut le Chili de Pinochet pour l’Amérique Latine ?

Les ingrédients de cette amère potion néolibérale sont administrés au malade grec comme une conditionnalité de l’aide apportée par l’UE. Et c’est bien ce qui pourrait nous arriver dans un futur pas si lointain…

Le Mécanisme Européen de Stabilité, automatisation de l’ajustement structurel

Le  Mécanisme Européen de Stabilité et le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance qui le rendrait effectif ont une vertu néolibérale indiscutable. En permettant une « solidarité » entre les Etats de l’Union Européenne « sous une stricte conditionnalité de politique économique », ils instaurent de fait un chantage à l’application de politiques libérales. Les politiques de rigueur menées  aujourd’hui en Grèce et ailleurs en Europe avec encore un peu de contrôle démocratique (via des votes parlementaires essentiellement et quelques élections) deviendraient automatiques. Le MES a ainsi une logique autoritaire et inflexible très proche de celle du FMI dont les Plans d’Ajustement Structurel ont fait largement la preuve de leur efficacité dans la création d’une pauvreté de masse et de leur nocivité pour les économies des pays en voie de développement et leurs systèmes sociaux.

La logique qui anime ce mécanisme est la même que celle qui a animé le FMI et la Banque Mondiale depuis des décennies. Et finalement, qui mieux que la directrice du FMI peut nous faire sentir l’absence d’alternative :

Il y a un prix à payer pour faire partie de la zone euro. Ce prix c’est l’amélioration de la productivité de la main d’œuvre. Ce sont des réformes structurelles. C’est un rééquilibrage du budget quand un pays a un déficit aussi élevé. C’est, à un certain stade, un retour aux marchés financiers pour financer sa dette.

Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, lors d’une interview pour ITV New

Alors oui, les élections du 17 juin en Grèce et l’émergence d’une force politique, Syriza, qui remet en cause ce diktat sont cruciaux. Et les discussions qui vont se jouer dans les prochains jours autour du traité européen le sont tout autant.

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